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Retrait-gonflement des argiles, le coût du risque

Près de 4 millions de maisons et d’immeubles en France sont d’ores et déjà victimes de fissures menaçant la stabilité de la construction. Des maisons fissurées et lézardées, des immeubles qui s’effondrent ou menacent de s’effondrer peuvent être le résultat de malfaçons et de défaut d’entretien mais, le plus souvent, c’est la conséquence de mouvements du sol. L’insidieux phénomène de retrait-gonflement des argiles prend de l’ampleur avec les sécheresses consécutives dues au réchauffement climatique et la pérennité de nos constructions en souffre. Présent dans l’ERP (État des Risques et Pollutions), ce risque naturel est à examiner de près avant tout achat d’immobilier.

 

Un risque naturel trop longtemps ignoré

De tous temps on sait que le sol n’est pas une surface totalement stable. Si les risques de glissement de terrain et la sismicité font depuis longtemps partie des risques de stabilité à étudier avant d’édifier une construction, celui de retrait-gonflement des argiles dû à la nature du terrain a trop longtemps été ignoré.

L’argile et les terres argileuses ont cette caractéristique de fonctionner un peu comme une éponge qui se gonfle de l’eau qu’elle absorbe pour se rétrécir au fur et à mesure qu’elle se déshydrate. Un sol ou un sous-sol argileux se comporte de la même manière en recevant puis en perdant les eaux de surface (pluies, ruissellement) et de profondeur (nappes phréatiques). Lorsqu’une construction est édifiée sur un sol mouvant, à moins qu’elle ne soit spécifiquement étudiée pour être parfaitement rigide, ses parois, dalles et fondations peuvent subir des mouvements dissociatifs qui se traduisent par des fissures et des lézardes jusqu’à dislocation.

Ce risque naturel de retrait-gonflement des argiles qui a trop longtemps été négligé a évolué récemment. Depuis le 26 août 2019, selon le décret du conseil d’État n°2019-495 du 22 mai 2019, ce qui n’était qu’un ‘aléa’ est devenu un risque à part entière dans la réglementation et donc sur le portail officiel GéoRisque. Depuis, le territoire a été découpé en zones de niveau du risque : faible, modéré et fort, à l’image de ce qui existait déjà pour le risque radon.

A savoir : Les manifestations du phénomène de retrait-gonflement des sols argileux ont été mises en évidence en Angleterre dans les années 50. Comme pour d’autres risques (l’amiante par exemple), il aura fallu attendre plus de 20 ans (1976) pour que ce risque soit pris en compte en France.

 

La prévention et les remèdes au risque de retrait gonflement des argiles

Depuis le décret du 22 mai 2019, en application de l’article 68 de la Loi ELAN, dans les zones classées à risque modéré et fort, une étude de sol sera obligatoire avant toute construction. Cette obligation s’appliquera à partir du 1er janvier prochain (2020).

Mais, la cartographie du risque est ancienne (campagne 1997-2010 du BRGM) alors que des sécheresses ont eu lieu depuis (2011 et 2015 notamment, voire 2019 ?). Or ce sont les épisodes de sécheresse qui amplifient le retrait des sols argileux.

La métropole est en zone de climat tempéré où les sols sont généralement proches de la saturation hydrique grâce à des précipitations régulières. Ce sont les épisodes de sécheresse, lorsque le déficit pluviométrique s’allie à une forte évapotranspiration, que l’asséchement des sols est le plus important et le retrait plus sensible. En outre, les sécheresses consécutives tassent de plus en plus les sols argileux qui s’affaissent progressivement ; de fait, la cartographie mériterait sans doute des études plus actualisées...

Des précautions sont à mettre en œuvre dès le projet de construction ainsi qu’il est déjà obligatoire pour les constructions parasismiques. L’aménagement du terrain (drainage), les fondations profondes et ancrées, le chaînage des structures du bâtiment sont des précautions à prendre pour qui veut construire durable et éviter de voir apparaître fissures et lézardes pouvant rendre toute construction invendable.

 

La préoccupante indemnisation du risque de retrait-gonflement des argiles

Même si le risque de retrait-gonflement des argiles a été pris en considération en France en 1976, ce n’est que depuis la vague de sécheresse des années 1989-91 que le phénomène de retrait-gonflement des argiles a été intégré au régime des catastrophes naturelles. Au titre de la loi du 13 juillet 1982, les dommages qui lui sont attribués sont susceptibles d’être indemnisés par les assureurs, sous réserve que la commune ait été reconnue en état de catastrophe naturelle.

La préoccupation vis-à-vis de l’indemnisation des conséquences de ce risque est double. D’une part, les propriétaires de maisons fissurées, lézardées, devenues invendables voire inhabitables ne sont indemnisés que tardivement (délai de 6 mois à 1 an contre 2 mois en moyenne pour une inondation) ; d’autre part le montant total des indemnisations ne cesse et risque de ne cesser d’augmenter en corrélation avec l’augmentation du réchauffement climatique et son corollaire de sécheresses à répétition.

Nota : Stéphane Pénet, directeur des assurances de biens et de responsabilité à la Fédération française de l’assurance (FFA) confiait au Figaro : « Avec l’ampleur prise par le réchauffement climatique, ces indemnisations atteignent des sommes colossales. Ces 25 dernières années, le coût s’élève à 8 milliards d’euros - soit 320 millions par an. Ce qui en fait le sinistre le plus cher derrière les inondations (16 milliards d’euros) ».

Il est donc désormais primordial pour tout acquéreur d’un bien immobilier, déjà édifié ou d’un terrain constructible, de s’assurer de l’exhaustivité et de la précision de l’ERP (État des Risques et Pollution). Si on peut remédier après coup à la présence des risques ‘plomb’ et ‘amiante’ en procédant au retrait même coûteux de ces matériaux indésirables, il est difficilement envisageable de pouvoir consolider une construction soumise aux mouvements du terrain sur lequel elle est édifiée.

A savoir : Toutefois, la Direction Générale de la Prévention des Risques (DGPR) a missionné le Cerema en 2016, afin d’expérimenter un nouveau mode de réparation sur une maison dont la structure est affectée par le phénomène de retrait-gonflement des sols argileux. La solution développée par le Cerema consiste à humidifier le sol de fondation en injectant de l’eau de pluie récupérée et stockée. Source Construction 21

 


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