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Destruction de l’amiante : une gabegie économique et environnementale insupportable

On ne peut travailler dans les domaines des diagnostics et repérages ou du désamiantage sans s’inquiéter de voir les tonnes d’amiante et de matériaux amiantés qu’il va nous falloir éradiquer pendant des décennies. Selon les sources, il resterait environ 20 millions de tonnes de déchets amiantés dans nos bâtiments en France. Au rythme envisagé de 400 000 tonnes d’amiante retirées chaque année, le chantier est loin d’être terminé. Si amener ces déchets en installation de stockage n’est pas la solution ultime, il reste que le coût de ce stockage protégé est un tel frein que beaucoup trop d’amiante disparaît encore entre le chantier de désamiantage et un site spécialisé. La solution choisie officiellement par la France, c’est la solution coûteuse et polluante de la vitrification de l’amiante alors qu’il existe, y compris en France, des procédés de recyclage économiquement et environnementalement valides.

 

La vitrification de l’amiante officiellement adoptée

L’Assemblée Nationale vient d’officialiser le choix du Parlement pour la vitrification comme seul traitement de l’amiante en France en confiant officiellement à Europlasma la commande (ou le monopole ?) du traitement définitif de l’amiante et des déchets amiantés. Source Capital.

La vitrification de l’amiante à l’aide d’une torche à plasma permettrait après mélange avec des matériaux d’obtenir une sorte de roche silicatée non toxique qu’il serait peut-être possible d’employer sans risques.

Mais, ce qui a assurément séduit l’Assemblée Nationale n’a pas convaincu le Sénat. Dans son rapport « Le drame de l'amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l'avenir » Il a été relevé que « Le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) ne reconnaît pas les produits vitrifiés comme étant des matériaux inertes ».

Ainsi, la vitrification de l’amiante ne permettant pas d’obtenir un matériau inerte pouvant être remployé sans risque, ce procédé ne s’agirait ni d’un recyclage, ni même d’un inertage (à moins que le CSTB ne revienne sur sa décision).

 

Un procédé coûteux pour l’économie et pour l’environnement

Pour vitrifier l’amiante, notamment chez Inertam à Morcenx (Landes), on emploie un four alimenté par trois torches à plasma qui produisent un jet de gaz à 1 800 degrés. Ce four fonctionne alimenté par deux torches de 2 MW et une de 500 kW. Il fonctionne apparemment vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept pour traiter 30 tonnes par jour parmi les 2 500 tonnes de déchets amiantés déjà stockés sur site….

Même si on abandonne le calcul du temps qu’il faudra alors pour traiter tout ce qu’il existe encore d’amiante et de déchets amiantés en France ; il reste que la consommation d’énergie du four est faramineuse et que son impact thermique semble être ahurissant. Il est à noter que nous n’avons pas trouvé trace d’un réseau de chaleur à Morcenx pour qu’Inertam redistribue aux habitants un peu de l’énorme quantité de chaleur produite tous les jours de toute l’année… De là, considérer que la vitrification de l’amiante serait un fiasco total pour les dépenses publiques (1 200 € la tonne en 2006) et pour l’environnement serait désobligeant pour l’Assemblée Nationale qui a privilégié ce processus.

 

Un possible recyclage économiquement et environnementalement rentable

C’est pourtant ce que fait depuis le début des années 2000 une entreprise québécoise en recyclant véritablement l’amiante pour l’employer sous une autre forme. Source Le Journal de Montréal.

Non seulement ce procédé permet d’éliminer l’amiante, ses déchets et résidus mais les transforment en magnésium, métal indispensable à l’industrie. Il faut savoir que la demande mondiale en magnésium a pratiquement triplé en moins de 20 ans et que les pays industrialisés sont quasiment tous dépendants de la production chinoise et de son acheminement par navires polluants.

Alors, si la vitrification de l’amiante n’est pas la seule voie et qu’il en existe d’autres permettant le recyclage pour un remploi industriel écartant une de nos dépendances envers l’Orient, pourquoi faisons-nous ce choix ? D’autant plus qu’en France des solutions identiques émergent telles qu’en présente le site Actu-environnement.

 

À savoir : Au Québec, des médecins spécialisés en santé publique s’opposent à une reprise d’exploitation des mines d’amiante de la région d’Asbestos, ce que l’on comprend. Mais en France, il n’est pas question d’en reprendre l’exploitation, et la société Neutramiante n’envisage pas de rouvrir la mine d’amiante de Canari sécurisée à grands frais.

 

S’il semble trop tard pour que nos députés reviennent sur le choix de la vitrification de l’amiante, on peut espérer que les futurs ministres du nouveau gouvernement de M. Jean Castex se saisissent du problème du recyclage de l’amiante. Il y en aura encore pour tellement d’années… ! Entre-temps chaque citoyen peut aisément interroger son député sur la raison de ce choix de la vitrification de l’amiante plutôt que sur son recyclage.

 

 


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