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L’amiante en France, en Europe et dans le monde

panneau de travaux amiante

En France, l'usage de l'amiante n'a été interdit que tardivement au 1er janvier 1997, par le décret n° 96-1133 du 24 décembre 1996. Tardivement puisque le caractère cancérogène de l’amiante est connu depuis bien plus longtemps.

Face à la survenance de cancers du poumon ou de la plèvre identifiés comme des maladies causées par l’inhalation de fibres d’amiante, un certain nombre de mesures avaient déjà été adoptées en France en 1978 pour réduire la quantité d’amiante dans les bâtiments et notamment par une réglementation concernant les flocages mais pas encore l’interdiction d’usage qui ne viendra que 28 ans plus tard...

C’est un drame pour de nombreuses victimes et une grande inquiétude pour les personnes exposées qui pourtant ne s’arrête pas aux frontières du pays.
Quelle est la situation du risque amiante en Europe et dans le monde ?

 

Petit historique de l’amiante

L’emploi de cette roche fibreuse est connu depuis l’époque égyptienne pharaonique où elle était utilisée pour ses propriétés de résistance au feu. Son nom actuel d’amiante vient du grec ‘amiantos’ qui signifie ‘incorruptible’ alors que l’étymologie de son autre nom ‘asbeste’ est issue de ‘asbestos’ qui signifie ‘inextinguible’. C’est donc que les caractéristiques d’isolation, d’ignifugation, de résistance au feu, à la friction,etc. de l’amiante ont été exploitées tout au long de l’histoire comme matériau incorruptible et inextinguible.

C’est durant l’entre deux-guerres mondiales que l’emploi de l’amiante est devenu massif dans la construction aussi bien en Europe qu’aux États-Unis. L’architecture grandissante des gratte-ciels et immeubles collectifs a été une grande consommatrice d’amiante afin de protéger du feu des bâtiments de plus en plus vulnérables aussi bien en raison de leur accessibilité que de leurs équipements (ascenseurs, importants dispositifs d’aération, de chauffage et de rafraîchissement…) en même temps c’était aussi le début de l’industrialisation galopantes et des moyens de transport à foison. Ainsi entre l’industrie et la construction, l’emploi d’amiante a été massif entre 1930 et 1940 malgré que les dangers liés à l’amiante étaient connus depuis l’antiquité puis souvent rappelés ensuite.

 

Des risques liés à l’amiante

Pline l’Ancien (23 à 79 après J.C) remarquait déjà que les esclaves en charge de tisser des vêtements à base de fibres d’amiante souffraient de maladies pulmonaires. Bien plus tard, en 1899, on fait part à Londres du premier décès incontestablement lié à l’amiante; puis en 1906, c’est en France qu’un inspecteur du travail alerte sur la surmortalité des ouvriers d'une usine de textile utilisant l'amiante. C’est de ce signalement que viendranotamment la mise en place de techniques d'aspiration à la source des fibres et poussières dans l’industrie employant l’amiante. Alors qu’en 1918 déjà, les compagnies d’assurance aux États-Unis refusent d’assurer les travailleurs de l’amiante, ce n’est qu’en 1927 que sera officialisée comme maladie ‘abestose’ ou fibrose de l’amiante celle due à l’inhalation de ses particules. 

Le mésothéliome ou cancer de la plèvre lié à l’amiante est découvert en 1935 et devient maladie professionnelle reconnue en 1945. C’est en 1965 que la France connaît son premier cas officiel de mésothéliome qui entraîne peu ou prou la fermeture définitive de gisements dont la mine de Canari (Haute-Corse).

En 1971, se tient à Londres une réunion des industriels de l'amiante visant à adopter une stratégie afin de continuer à l’utiliser alors que se mettent en place les premiers procès de l’amiante aux États-Unis.

Le premier scandale de l’amiante (Jussieu) ne surgit qu’en 1975 en France ce qui entraîne un an plus tard le classement comme cancérogène de toutes les variétés d’amiante.

 

L’amiante en France

En France en 1975 alors qu’éclate le scandale de Jussieu, il est fait interdiction aux salariés de moins de 18 ans de travailler en présence d’amiante, et un an plus tard les cancers liés à l’amiante sont reconnus comme maladies professionnelles. A partir de 1977 apparaissent de nouvelles réglementations au compte-gouttes : introduction de Valeurs Limités d’Exposition (VLE) pour les travailleurs de l’amiante puis interdiction de flocage amianté dans la construction. 

Face à ces baisses de production, un lobby industriel se créé le Comité Permanent Amiante’ mis en place au début des années 80 pour retarder l’élaboration d’une réglementation plus sévère des expositions à ce matériau cancérogène et empêcher son interdiction afin de défendre les intérêts des magnats de cette activité malgré les risques, les dangers et les victimes. De 1991 à 1994 les membres de ce comité auraient contribué à la désinformation du public et participé au blocage d’une directive européenne d’interdiction de l’amiante, ce qui vaudra en 2012 la mise en examen de 4 de ses membres. Source Andeva

En 1996 en France est promulguée la première obligation de diagnostic amiante Décret no 96-97 du 7 février 1996 relatif à la protection de la population contre les risques sanitaires liés à une exposition à l'amiante dans les immeubles bâtis qui sera étendue aux diagnostics et repérages amiante que nous connaissons actuellement. Puis en 1997, La France à l’image de 7 autres pays européens (Allemagne, Italie, Danemark, Suède, Pays-Bas, Norvège et Suisse) bannit l’amiante en interdisant toute fabrication, importation ou commercialisation de ce matériau.

 

L’amiante hors de France

Si la France a interdit tardivement l’amiante en 1997 bien après d’autres pays, la totalité de l’Union Européenne n’en a banni tout usage qu’en 2005. 

Mais ailleurs dans le monde la production d’amiante était encore considérable en l’an 2000.
Les pays membres de l’ex Union Soviétique en ont alors produit plus de 983 000 tonnes, la Chine 370 000, le Canada 320 000, le Brésil 170 000, le Zimbabwe 145 000….Ainsi en l’an 2000 on produisait encore dans le monde plus de 2 millions de tonnes d’amiante et les pays européens qui ne l’avaient pas encore interdit en consommaient 30 000 tonnes par an.

On assiste alors à une sorte de double jeu de certains pays industrialisés producteurs d’amiante qui sont également sensibles aux dangers qu’ils font courir à leurs populations.

Ainsi, petit à petit ces pays sont tenus de limiter voire d’interdire l’emploi de l’amiante dans la construction et l’industrie, mais désirent conserver le bénéfice de l’exportation d’une matière première dont ils sont détenteurs.
C’est le cas du Canada mais aussi celui du Brésil (quatrième producteur mondial d’amiante, après la Russie, la Chine et le Canada) qui exporte dorénavant 60 % de sa production d’amiante contre 30 % d’exportation en 1997.
De nos jours, les principaux importateurs d’amiante sont la Thaïlande, l’Inde, le Mexique, l’Indonésie et la Colombie.

A contrario et comme modèle à suivre, l’Afrique du Sud qui était le sixième producteur mondial d’amiante en 1997 (60 000 tonnes) a réduit puis totalement arrêté toute production d’amiante en 5 ans.

«L’amiante n’appartient certainement pas au passé dans le reste du monde… Le plus souvent, ce sont des entreprises européennes qui ont développé la production et l’utilisation de l’amiante.

Les mines d’amiante du Brésil, d’Afrique du Sud, du Zimbabwe, du Québec et de nombreux autres pays ont été créées avec des capitaux européens. Les profits sont remontés vers l’Europe laissant sur place les morts et un désastre environnemental. Les groupes Turner and Newall et Etex-Eternit symbolisent l’omniprésence du capital européen dans la production et les industries utilisatrices d’amiante.

Aujourd’hui encore, de nombreuses entreprises multinationales européennes utilisent un double standard : elles travaillent sans amiante en Europe et continuent à utiliser de l’amiante dans le reste du monde.

D’autre part, la gestion des déchets tend également à exporter les risques mortels vers les pays en voie de développement. Le transfert de navires bourrés d’amiante et d’autres substances toxiques vers l’Asie est une pratique fréquente. Ces navires sont ensuite démantelés dans des conditions désastreuses.
La solidarité et les actions du mouvement syndical européen constituent donc un facteur important dans les prochaines batailles pour une interdiction mondiale de l’amiante
» Laurent Vogel, chargé de recherches, ETUI-REHS Source cancer-environnement

 

 


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